Féminisme islamique : Entre engagement sincère et dérive idéologique

  1. Le féminisme a d’innombrables définitions. L’une des plus holistiques est la suivante: courant de pensée et mouvement politique, social et culturel en faveur de l’égalité entre les femmes et les hommes.
  2. J’ai toujours observé avec curiosité mes sœurs musulmanes féministes, non sans respect pour leur bonne volonté mais l’incohérence de leur posture m’a toujours sauté aux yeux. Est-ce de la naïveté, de l’ignorance, de la désobéissance volontaire aux principes islamiques ou de l’hypocrisie ? Je pense que plusieurs réponses restent possibles.
    Je vais essayer de vous expliquer, en quelques points, pourquoi j’avance une telle affirmation. Ce contenu se veut un rappel ; mon intention, sans prétention, est d’éveiller votre vigilance. Mais en toute chose, Allah sait mieux.
    D’entrée de jeu, ce message s’adresse à mes sœurs musulmanes qui sont dans ce mouvement ou y aspirent.
  3. Il y a de grandes et bonnes valeurs prônées par le féminisme des valeurs qui, selon moi, relèvent tout simplement de la morale, du bon sens et de l’humanisme. Des luttes qui devraient naturellement toucher toute personne saine d’esprit, à tel point qu’il n’est pas, à mon avis, nécessaire de s’affilier à un mouvement ou à une idéologie quelconque pour les porter.
    La violence, sous toutes ses formes, me révolte. L’injustice aussi. La dernière fois, Rama Sidibé répondait en commentaire qu’on la qualifiait de féministe au regard des actions qu’elle posait et des combats qu’elle menait, alors qu’elle ne s’est jamais déclarée féministe, ni n’adhère à ce mouvement.
    Ce n’est là qu’un exemple parmi tant d’autres : le sens de la justice pour tous n’est pas né avec le féminisme. Il y a toujours eu des hommes et des femmes croyants ou non qui se sont battus pour faire évoluer les droits des femmes bien avant l’apparition de ce mouvement. La récupération selon laquelle nous sommes tous féministes à partir du moment où nous œuvrons à améliorer la condition de la femme est trop facile, voire dangereuse. Le féminisme étant aussi une idéologie, on ne peut pas mettre quelqu’un dans ce panier alors qu’il ou elle n’en épouse pas tous les principes. Cette récupération est réductrice, car ce mouvement ne détient absolument pas le monopole de la bienfaisance envers les femmes.
  4. Maintenant, pourquoi je pense que, malgré toutes les bonnes causes défendues par le féminisme, je le trouve incompatible avec l’islam ? Parce qu’en premier lieu, le féminisme est une idéologie. Et comme toute idéologie, il propose ses propres principes et valeurs pour réorganiser la société, avec une grille de lecture spécifique du monde.

Et justement, dans l’établissement de ce nouvel ordre des choses, le féminisme s’attaque en premier lieu au 𝐩𝐚𝐭𝐫𝐢𝐚𝐫𝐜𝐚𝐭.
Mes chères sœurs, vous pourriez vous dire : « Tant mieux ! » Parce qu’aujourd’hui, dans l’imaginaire collectif, le patriarcat est associé à tout ce qu’il y a de négatif : oppression, abus de pouvoir, conservatisme, etc.
C’est ici que j’en appelle à votre vigilance. Mes sœurs, 𝐥’𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦 𝐞𝐬𝐭 𝐛𝐚̂𝐭𝐢 𝐬𝐮𝐫 𝐮𝐧 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐩𝐚𝐭𝐫𝐢𝐚𝐫𝐜𝐚𝐥. Oui, la religion à laquelle vous appartenez repose sur une organisation sociale où certains rôles sont attribués aux hommes par volonté divine, et non par construction sociale. C’est au nom de ce patriarcat sacré qu’il
n’y a que des hommes qui deviennent imams (et non pas parce que la société les empêche), que l’homme est le qawwâm (le responsable) de la famille, et que l’héritage n’est pas automatiquement divisé à parts égales entre l’homme et la femme.
Vous n’êtes pas sans savoir que 𝐭𝐨𝐮𝐭 𝐜𝐞 𝐬𝐲𝐬𝐭𝐞̀𝐦𝐞 𝐞𝐬𝐭 𝐞𝐧𝐭𝐢𝐞̀𝐫𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐫𝐞𝐦𝐢𝐬 𝐞𝐧 𝐜𝐚𝐮𝐬𝐞 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞. (L’égalité totale des rôles, la négation des spécificités biologiques et psychologiques entre les sexes, ou encore la critique des textes religieux comme base de la loi.)
De déconstruction en déconstruction, vous finirez par devenir sans toujours en avoir conscience les fossoyeurs de votre propre religion.

  1. Le féminisme, en se parant des habits du justicier, est hélas très séduisant. En effet, comment ne pas être du côté de celles qui défendent la veuve et l’orphelin ? Mais je vous en prie : regardez au-delà de cette belle compassion, et observez 𝐥’𝐢𝐧𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐭𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐩𝐫𝐨𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞 𝐞𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐮 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐞𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐜𝐫𝐨𝐲𝐚𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬.
    Les combats les plus centraux du féminisme, une fois aboutis, 𝐦𝐞𝐭𝐭𝐫𝐨𝐧𝐭 𝐯𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐨𝐧 𝐚̀ 𝐠𝐞𝐧𝐨𝐮𝐱. Et vous en aurez été les grandes actrices.
    Prenons l’exemple de la Côte d’Ivoire : ce mouvement a milité ardemment pour la légalisation de l’avortement, non pas dans les cas où la santé de la mère est en danger (ce que l’islam permet), mais au nom du droit absolu de la femme à disposer de son corps. En 2024, cela a mené à une 𝐦𝐨𝐝𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐥’𝐚𝐫𝐭𝐢𝐜𝐥𝐞 𝟒𝟐𝟕 du code pénal, rendant l’avortement accessible dans des conditions beaucoup plus larges.
    Mais elles ne comptent pas s’arrêter là. Au Burkina Faso, les associations féministes militent actuellement pour 𝐢𝐧𝐭𝐞𝐫𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐥𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐚 𝐩𝐨𝐥𝐲𝐠𝐚𝐦𝐢𝐞 pourtant permise par l’islam.
    En Tunisie, les féministes ont lutté activement pour :
    • la suppression de l’obligation de porter le hijab (au nom de la liberté de la femme),
    • la légalisation des relations sexuelles hors mariage (zina),
    • l’avortement libre sans justification médicale
    • la reconnaissance et la normalisation de l’homosexualité.

Ces combats, portés au nom de la liberté et de l’égalité, 𝐩𝐢𝐞́𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐭 𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐭𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐞𝐬 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐚𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐨𝐧.

    1. Face à un monde musulman moins réceptif aux principes du féminisme occidental, un 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮 𝐜𝐨𝐮𝐫𝐚𝐧𝐭 𝐚 𝐞́𝐦𝐞𝐫𝐠𝐞́𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐚𝐧𝐧𝐞́𝐞𝐬 𝟖𝟎-𝟗𝟎 : 𝐥𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞. On pourrait croire qu’il s’agit d’un féminisme aligné avec les principes de l’islam. 𝐄𝐫𝐫𝐞𝐮𝐫 ! Pour vous aider à comprendre l’esprit de ce courant qui, désormais, 𝐫𝐞𝐯𝐞̂𝐭 𝐮𝐧𝐞 𝐚𝐩𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞, voici la définition donnée par 𝐀𝐳𝐚𝐝𝐞𝐡 𝐊𝐢𝐚𝐧, professeure de sociologie à l’université Paris 7, spécialiste de la condition des femmes au Proche et Moyen-Orient et au Maghreb, et directrice d’un centre de recherche sur les études féministes : “Le féminisme islamique ou musulman regroupe des femmes qui se définissent dans le cadre de la communauté musulmane, mais qui n’entendent absolument pas appliquer les lois islamiques, tout en refusant de sortir de la religion en tant que croyance. Elles cherchent à réinterpréter les lois et traditions islamiques dans l’optique de l’égalité.” Autrement dit, ce sont des femmes qui ne sont pas d’accord avec la législation islamique : elles remettent en question les versets du Coran et les lois tirées de la révélation, dans le but de les faire correspondre à leur propre vision des rapports hommes-femmes et de la liberté. Elle ajoute également et je cite : “𝐋’𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐧’𝐞𝐱𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐩𝐚𝐬 𝐝𝐚𝐧𝐬 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞𝐬 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬. 𝐈𝐥 𝐬’𝐚𝐠𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐱𝐭𝐮𝐚𝐥𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐞𝐭 𝐝’𝐡𝐢𝐬𝐭𝐨𝐫𝐢𝐜𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞𝐬, donc de les désacraliser. 𝐋𝐞𝐬 𝐥𝐨𝐢𝐬 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 𝐧’𝐨𝐧𝐭 𝐫𝐢𝐞𝐧 𝐝𝐞 𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞́: 𝐜𝐞 𝐧’𝐞𝐬𝐭 𝐩𝐚𝐬 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐥𝐨𝐧𝐭𝐞́ 𝐝𝐢𝐯𝐢𝐧𝐞, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐯𝐨𝐥𝐨𝐧𝐭𝐞́𝐝𝐞𝐬 𝐡𝐨𝐦𝐦𝐞𝐬. Les femmes féministes musulmanes ou séculières défient cette volonté.” Ai-je vraiment besoin de développer davantage pour vous montrer 𝐥’𝐢𝐧𝐜𝐨𝐦𝐩𝐚𝐭𝐢𝐛𝐢𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐭𝐨𝐭𝐚𝐥𝐞 𝐝’𝐮𝐧𝐞 𝐭𝐞𝐥𝐥𝐞 𝐝𝐞́𝐦𝐚𝐫𝐜𝐡𝐞 𝐚𝐯𝐞𝐜 𝐥’𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦 ?
    2. Oui, je sais, il existe plusieurs courants dans le féminisme, et le féminisme islamique n’échappe pas à cette diversité. Mais les propos d’Azadeh Kian me semblent assez représentatifs de la posture générale de ce mouvement. Pour preuve, les femmes musulmanes voilées qui, en toute sincérité et parfois avec naïveté, cherchent à faire coïncider leur engagement religieux avec le féminisme, ne sont pas vraiment prises au sérieux ni par les féministes laïques, ni même par d’autres féministes dites musulmanes.

Pour illustrer cela, Wassyla Tamzali, avocate, écrivaine et figure emblématique du féminisme maghrébin, déclare : « 𝐋𝐚 𝐯𝐨𝐢𝐱 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐞𝐮𝐬𝐞 𝐧𝐞 𝐦𝐞̀𝐧𝐞 𝐧𝐢 𝐚̀𝐥’𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐧𝐢 𝐚̀𝐥𝐚 𝐥𝐢𝐛𝐞𝐫𝐭𝐞́[…]. 𝐋𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞, 𝐜’𝐞𝐬𝐭 𝐥𝐚 𝐝𝐞́𝐜𝐨𝐧𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐝𝐞 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐢𝐝𝐞𝐧𝐭𝐢𝐭𝐞́𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞 𝐚̀𝐭𝐫𝐚𝐯𝐞𝐫𝐬 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐨𝐧. » Ma sœur, pour ces militantes, ton voile n’est rien d’autre qu’un symbole de la nature patriarcale et rétrograde de l’islam. Si elles n’ont pas encore eu le courage de te le dire en face, elles n’attendent en réalité qu’une chose : que tu ouvres les yeux et que tu retires, selon elles, ce “morceau de tissu” qui m’empêcherait d’être libre.
Toujours selon Azadeh Kian : « On pense que le voile est islamique, mais non, il est byzantin, et les sourates du Coran ne font que s’inscrire dans cette tradition. » Autrement dit, dans leur vision, le Coran n’est qu’un ensemble d’idées d’hommes du VIIe siècle, reproduisant un ordre social archaïque, sans considération pour les droits et les intérêts des femmes. Ma sœur, est-ce là l’image que tu te fais du Noble Qur’an ?

    1. 𝐋𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐬’𝐚𝐭𝐭𝐚𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐧 𝐫𝐞́𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐚𝐮𝐱 𝐟𝐨𝐧𝐝𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐦𝐞̂𝐦𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐧𝐨𝐭𝐫𝐞 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐨𝐧.
      Les orientalistes ont longtemps construit et diffusé une image de l’islam comme une religion obscurantiste et archaïque, en opposition à un Occident éclairé, rationnel, égalitariste. Dans cette logique, le voile est présenté comme un symbole de domination, une marque d’oppression. Ainsi, ce que notre religion définit comme une complémentarité harmonieuse entre l’homme et la femme est interprété, par cette grille de lecture, comme une domination
      unilatérale de l’homme sur la femme.
      Les rôles différenciés tels qu’ils existent dans la tradition islamique sont vus non pas comme une répartition sage et équilibrée des responsabilités, mais comme une infériorisation, voire une déshumanisation de la femme. Le féminisme, même lorsqu’il se pare d’un discours islamique et adopte un vocabulaire religieux, continue de véhiculer cette même vision du monde. Il vient dire aux femmes musulmanes : « Votre bonheur est factice.
      Vous devez vous réveiller, vous révolter, rejeter ce cadre religieux pour obtenir des droits calqués sur les standards occidentaux. »
      Souviens-toi : en Algérie, des femmes ont organisé des cérémonies publiques de dévoilement, mises en scène devant les caméras, pour marquer symboliquement leur libération. Était-ce cela, la liberté ?
      1. 𝐋𝐚 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐞 𝐝𝐮 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐬𝐞𝐥𝐨𝐧 𝐙𝐚𝐡𝐫𝐚 𝐀𝐥𝐢, 𝐚𝐮𝐭𝐞𝐮𝐫𝐞 𝐝𝐞 𝐥’𝐨𝐮𝐯𝐫𝐚𝐠𝐞 𝐅𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐦𝐞 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞, 𝐫𝐞𝐩𝐨𝐬𝐞 𝐬𝐮𝐫 𝐝𝐞𝐮𝐱 𝐚𝐱𝐞𝐬 𝐩𝐫𝐢𝐧𝐜𝐢𝐩𝐚𝐮𝐱 :
        1. Une révision complète de la jurisprudence islamique ;
        2. Une relecture critique du tafsîr, c’est-à-dire des exégèses et des commentaires coraniques.

Et pour ce faire, elles ne ménagent aucun effort. Elles forment des théologiennes critiques qui, une fois initiées aux sciences islamiques traditionnelles, ont pour mission de remettre en question :

      • la sacralité de certaines lois tirées du Coran et de la Sunna authentique,
      • la légitimité des savants du patrimoine classique,
      • la fiabilité de recueils tels que ceux d’al-Bukhârî ou de Muslim,
      • et même les fondements de l’école malikite.
      • Le concept d’ijmâ‘ (le consensus des savants) est présenté comme une construction patriarcale et misogyne, donc à rejeter.

Elles sont outillées, stratégiques, méthodiques. Leur approche est hybride, inspirée des luttes de genre. Certaines vont jusqu’à revendiquer l’imamat féminin dans des prières mixtes. On se souvient, par exemple, de l’imâmie Amina Wadud, professeure de sciences islamiques aux États-Unis, qui a dirigé une prière en présence d’hommes. 𝐌𝐚 𝐬œ𝐮𝐫, 𝐯𝐨𝐢𝐬-𝐭𝐮 𝐣𝐮𝐬𝐪𝐮’𝐨𝐮̀ 𝐯𝐚 𝐜𝐞𝐭𝐭𝐞 𝐢𝐝𝐞́𝐨𝐥𝐨𝐠𝐢𝐞 ?

    1. 𝐋𝐞 𝐝𝐞𝐮𝐱𝐢𝐞̀𝐦𝐞 𝐯𝐨𝐥𝐞𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐢𝐞 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞 𝐢𝐬𝐥𝐚𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫𝐧𝐞 𝐮𝐧𝐞 𝐚𝐮𝐭𝐫𝐞 𝐜𝐚𝐭𝐞́𝐠𝐨𝐫𝐢𝐞 𝐝’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐯𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐦𝐮𝐬𝐮𝐥𝐦𝐚𝐧𝐞𝐬, 𝐪𝐮𝐢 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐞𝐬𝐭𝐞𝐧𝐭 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐞́𝐠𝐚𝐥𝐢𝐭𝐞́𝐬 𝐞𝐧 𝐬’𝐚𝐩𝐩𝐮𝐲𝐚𝐧𝐭 𝐬𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞𝐬 𝐬𝐚𝐜𝐫𝐞́𝐬 𝐞𝐮𝐱-𝐦𝐞̂𝐦𝐞𝐬, 𝐦𝐚𝐢𝐬 𝐞𝐧 𝐚𝐥𝐥𝐚𝐧𝐭 𝐛𝐢𝐞𝐧 𝐚𝐮-𝐝𝐞𝐥𝐚̀𝐝𝐞𝐬 𝐥𝐢𝐦𝐢𝐭𝐞𝐬 𝐟𝐢𝐱𝐞́𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐥𝐚 𝐫𝐞𝐥𝐢𝐠𝐢𝐨𝐧.

      Elles militent pour une relecture des versets et des hadiths, non pas dans le but sincère de mieux les comprendre, mais dans celui d’en forcer l’interprétation pour faire entrer dans l’islam des concepts totalement étrangers à ses fondements. Cela les conduit parfois à défendre, au nom de la justice et de l’inclusion, les droits des minorités sexuelles (LGBTQ), appelant à la création d’un cadre légal islamique pour ces minorités. Est-ce là encore une démarche religieuse ou une instrumentalisation des textes sacrés à des fins idéologiques ?

    2. 𝐀𝐥𝐨𝐫𝐬 𝐩𝐞𝐮𝐭-𝐞̂𝐭𝐫𝐞 𝐯𝐚𝐬-𝐭𝐮 𝐦𝐞 𝐝𝐢𝐫𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐭𝐮 𝐧𝐞 𝐯𝐚𝐬 𝐩𝐚𝐬 𝐚𝐮𝐬𝐬𝐢 𝐥𝐨𝐢𝐧. 𝐐𝐮𝐞 𝐭𝐚 𝐥𝐮𝐭𝐭𝐞 𝐬𝐞 𝐥𝐢𝐦𝐢𝐭𝐞 𝐚̀ 𝐝𝐞́𝐟𝐞𝐧𝐝𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐢𝐨𝐥𝐞𝐧𝐜𝐞𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐣𝐮𝐠𝐚𝐥𝐞𝐬, 𝐚̀ 𝐟𝐚𝐢𝐫𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐧𝐚𝐢̂𝐭𝐫𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫𝐬 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭𝐬, 𝐚̀ 𝐭’𝐚𝐬𝐬𝐮𝐫𝐞𝐫 𝐪𝐮𝐞 𝐥𝐚 𝐥𝐨𝐢 𝐬𝐨𝐢𝐭 𝐝𝐞 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐜𝐨̂𝐭𝐞́.

Mais pour cela, ma sœur, as-tu vraiment besoin de t’affilier à un mouvement qui, dans ses principes fondamentaux, s’oppose à ta religion ? La lutte pour la justice a-t-elle commencé avec le féminisme ? L’islam n’a-t-il pas toujours prôné la justice et la protection des plus faibles ? Qu’est-ce qui t’empêche d’agir en tant que musulmane, en te réclamant d’un cadre cohérent avec ta foi ? Veux-tu que je te rappelle l’histoire du calife ʿUmar Ibn al-Khaṭṭāb portant un sac de vivres sur son dos pour secourir une femme seule avec ses enfants ? Ou celle du calife Abū Bakr aṣ-Ṣiddīq qui, chaque matin, allait faire le ménage et la cuisine chez une vieille femme aveugle sans jamais se faire remarquer ? Veux-tu que je t’explique que si, dans certains cas, la femme hérite de la moitié de ce que perçoit un homme, dans d’autres elle hérite autant, et parfois même davantage ? Faut-il que je te convainque qu’il y a une sagesse divine derrière ces lois ? Ou bien vas-tu te contenter de l’avis de celles qui ne croient pas à la sacralité du Livre ? Ce n’est pas un jugement, juste un rappel : même un engagement sincère peut, sans le vouloir, contribuer à la déconstruction de ce que l’islam a de plus sacré. Et au-delà de nos intentions, nos actes pèseront un jour dans la balance. Je t’adresse ces mots avec la sincérité d’une sœur dans la foi. As-salâm.

    1. Que l’on ne se méprenne pas : 𝐜𝐞 𝐭𝐞𝐱𝐭𝐞 𝐧𝐞 𝐧𝐢𝐞 𝐧𝐢 𝐥𝐞𝐬 𝐢𝐧𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞𝐬 𝐯𝐞́𝐜𝐮𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐫 𝐜𝐞𝐫𝐭𝐚𝐢𝐧𝐞𝐬 𝐟𝐞𝐦𝐦𝐞𝐬 𝐦𝐮𝐬𝐮𝐥𝐦𝐚𝐧𝐞𝐬, 𝐧𝐢 𝐥𝐞 𝐛𝐞𝐬𝐨𝐢𝐧 𝐝’𝐮𝐧 𝐞𝐧𝐠𝐚𝐠𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐬𝐢𝐧𝐜𝐞̀𝐫𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐮𝐫 𝐣𝐮𝐬𝐭𝐢𝐜𝐞. Il ne vise pas à préserver un “ordre misogyne” mais à rappeler que le cadre islamique contient déjà les fondements de cette justice. Ce que je critique ici, c’est la prétention de certaines à vouloir redéfinir ce cadre au nom d’un projet idéologique forgé hors de notre tradition. La réinterprétation des textes, lorsqu’elle est menée avec foi, humilité et rigueur, existe depuis les débuts de l’islam. Mais lorsqu’elle devient l’instrument d’une lutte dont les codes, les références et les objectifs sont calqués sur des courants de pensée étrangers à l’éthique divine, elle cesse d’être un effort spirituel pour devenir une entreprise de remodelage doctrinal. Que certaines femmes veulent militer pour leurs droits, qu’elles dénoncent les abus, qu’elles interpellent leurs sociétés, tout cela est légitime et même recommandé. Mais qu’elles n’aient pas besoin, pour le faire, de se rallier à un mouvement qui nie l’autorité du Coran, relativise la sunna, récuse le ijma, conteste la hiérarchie des rôles instituée par Dieu et fait du dévoilement et de la désacralisation des textes une voie de libération. L’histoire de l’islam regorge de femmes savantes, puissantes, courageuses, sans qu’aucune n’ait eu besoin de s’identifier à un combat féministe pour marquer leur époque. C’est dans leurs traces que je choisis de marcher, sans honte et sans confusion.
    2. 𝐐𝐮𝐚𝐧𝐭 𝐚𝐮𝐱 𝐚𝐛𝐞𝐫𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐝𝐮 𝐠𝐞𝐧𝐫𝐞 : 𝐬𝐞𝐫𝐢𝐞𝐳-𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐩𝐫𝐞̂𝐭𝐬 𝐚̀𝐫𝐞𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫 𝐚𝐮𝐱 𝐝𝐫𝐨𝐢𝐭𝐬 𝐝𝐨𝐧𝐭 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐛𝐞́𝐧𝐞́𝐟𝐢𝐜𝐢𝐞𝐳 𝐬𝐢𝐦𝐩𝐥𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐩𝐚𝐫𝐜𝐞 𝐪𝐮𝐞 𝐯𝐨𝐮𝐬 𝐧’𝐞̂𝐭𝐞𝐬 𝐩𝐚𝐬 𝐟𝐞́𝐦𝐢𝐧𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 ? 𝐌𝐞𝐫𝐜𝐢 𝐝𝐞 𝐦’𝐞𝐧 𝐠𝐚𝐫𝐝𝐞𝐫.

Cette question illustre parfaitement la facilité avec laquelle le féminisme s’attribue des luttes qui ne lui appartiennent pas. Beaucoup de droits fondamentaux ont été acquis à des époques où le mot “féministe” n’était même pas en usage, et bon nombre d’acteurs de ces avancées ne se sont jamais réclamés de ce mouvement. Ce n’est donc pas parce que des femmes ont lutté pour leurs droits qu’elles étaient nécessairement féministes. Vous n’êtes pas les héritières exclusives de ces combats. C’est comme si, dans cent ans, quelqu’un écrivait un livre sur moi, prétendant que j’étais une pionnière du “féminisme islamique” sous prétexte que j’aurais œuvré pour l’éducation et les droits des sœurs musulmanes. Récupération trop facile, alors que je ne me suis jamais affiliée à ce courant. Même si j’acceptais que certaines conquêtes sociales aient été le fruit de luttes féministes, me demander d’y renoncer sous prétexte que je ne suis pas féministe revient à dire que tous les États laïques devraient cesser de se reposer le dimanche (héritage chrétien) ou le samedi (héritage juif) parce qu’ils ne sont ni chrétiens ni juifs. C’est tout simplement absurde.

1 réflexion sur “Féminisme islamique : Entre engagement sincère et dérive idéologique”

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